Dots, ou la J-pop qui faisait du bruit

Entre J-pop, shoegaze et noise, Dots est là pour exploser les codes de ce genre si particulier qu’est la musique idols.

Comment parler de manga sans parler de la J-pop ? Cela me semblerait un poil dommage ! C’est pour ça que j’ai décidé de parler d’un groupe assez atypique ・・・・・・・・・ (ou plus simplement Dots), qui mélange J-pop, danse idols, shoegaze et noise ! Le groupe voulait casser les codes des groupes Idols, ces super stars japonaises avec souvent un but d’objectiver des jeunes stars. Un concept qui peut rappeler nos bons vieux boys/girls band ! Sauf que Dots est un projet artistique qui va beaucoup plus loin que ça.

Dots est un groupe japonais de neuf membres, formé en 2016 et qui s’est malheureusement terminé en 2019. Contrairement aux groupes type idols, les musiciennes créent une musique très expérimentale comme en prouve la dernière partie du single « CD » sortie en 2017, un morceau-fleuve de plus d’une heure qui se conclut par une plage noise/harsh noise ultra bruitiste constitué de bruits blancs qui dure presque les trois quarts du titre. L’intro du morceau est d’ailleurs un mélange J-pop et shoegaze ensoleillés, entrecoupé de sons de nature ou de ville. Avec cette conclusion bruitiste et radical, on obtient cet album qui ne ressemble à aucun autre ! On peut voir ça comme un doigt d’honneur fait aux histoires souvent tragiques de ces « idoles » japonaises qui sont basées sur un culte de la personnalité et construites par des majors.

D’ailleurs, lorsque le projet était actif, les neufs membres étaient anonymes, se faisant juste appeler les « Dot-chans ». Elles portaient également une sorte de bande noir sur les yeux faisant penser à des bandeaux de reportage pour préserver l’anonymat des interviewés. En allant à l’opposé de ce qui fait l’essence de cette scène, faire un produit avec l’image de quelqu’un, elles donnent une dimension politique à Dots qui va à l’encontre de l’objectivisation des individus. En particulier celle des femmes, avec le côté « kawai », ses clichés du déguisement d’écolière sexualisée. Le but artistique de Dots est donc de faire une version alternative et étrange de ce genre musical. Avec leurs deux albums, leurs trois singles et leur EP, elles se sont imposées comme le premier groupe « idols » spécialisé dans le shoegaze, ce genre né en Angleterre à la fin des années 1990 mélangeant pop et musique noise ultra saturé. Avec leur premier album, au nom encore une fois très cryptique, « 『 』 », elles sortent une véritable machine à tube électronique shoegaze/J-pop, qui part dans tous les sens et qui est complètement folle. Elles reprennent d’ailleurs quelques morceaux du single « CD » pour en faire des morceaux à part entière. Cet album est sans doute le meilleur pour commencer à écouter Dots, véritable enchaînement d’hymnes tantôt mélancoliques, tantôt oniriques. Sans doute la meilleure porte d’entrée pour leur univers si particulier et si attachant.

Le groupe est donc en stand-by depuis 2019… On espère bien évidemment que ce ne se sera pas définitif ! Avec leur univers complètement barré, avec leur shoegaze dégoulinant de guimauve ou leur envolée noise bruitiste radicale, mais également leur univers visuel et performatif voulant détruire les codes d’un univers bien trop formaté, on peut dire que Dots est vraiment un groupe atypique dont la discographie promet un voyage à la fois délirant et touchant.

Benjamin Bucaille

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